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 AUGUSTA HOLMES (1847-1903) : UN PARCOURS DIGNE D'INTERÊT

Née en 1847, convaincue de ses dons, Augusta Holmès se veut compositeur à part entière à une époque où l'on cantonne la femme dans les oeuvres légères. Elle a vingt ans lorsque ses premières oeuvres enchantent Liszt qui écrit à propos de l'une de ses mélodies : " Là-bas, au pays des rêves, avec son rayonnant accord en mi majeur, est à l'égal des plus belles inspirations de Schubert " ; leur entente se poursuivra jusqu'à la mort du compositeur. Quelques années plus tard, ses premières pièces pour orchestre lui ouvrent les portes de la salle Pleyel. Douée d'une voix profonde, excellente pianiste, elle se consacre désormais à la composition. Concevant, à l'instar de Wagner, musique, livret et mise en scène, elle privilégie symphonies dramatiques et oeuvres lyriques, empiétant ainsi sur des domaines jusque là exclusivement masculins.

En 1889, pour célébrer le centenaire de la Révolution, c'est à Augusta Holmès que la Ville de Paris s'adresse. Il en résulte L'Ode triomphale qui, pour un coût de 300 000 francs or, sera représentée trois fois au Palais de l'Industrie, transformé à grands frais en salle d'opéra, devant un parterre de 22 000 spectateurs enthousiastes. L'œuvre nécessitait 900 musiciens et choristes, 300 figurants et les grandes voix de l'heure. Camille Saint-Saëns louera ?la sûreté de main, la puissance et la haute raison avec lesquelles l'auteur a su discipliner ces formidables masses chorales, dompter cette mer orchestrale?. L'année suivante, la ville de Florence commande à la musicienne un Hymne à la Paix qui met les foules italiennes à ses pieds. Il reste à Augusta une volée de marches à franchir : celles de l'opéra Garnier.

Son opéra, La Montagne Noire, y est accepté le soir même de son audition, mais Augusta a sous estimé les rancœurs suscitées par ses succès. Le soir de la première, le public applaudit, mais, le lendemain, la hargne des critiques se déverse. La Montagne Noire tient cependant durant treize représentations et Camille Saint-Saëns, qui a trouvé des qualités à la partition, écrit à Augusta " que le vulgaire déteste une gloire importune qu'il ne peut partager, que celui qui dompte la chimère est toujours détesté ". Blessée mais imperturbable, Augusta persévère. L'année de sa mort, elle est en pourparlers avec le Métropolitan pour la reprise de La Montagne Noire à New-York.

On peut s'étonner du silence qui enveloppa la musicienne au lendemain de sa mort, alors que Wagner l'avait classée parmi les esprits vivants et créateurs, que Liszt commençait ses lettres par ?Chère Maestra ?, qu'Edouard Colonne tenait à diriger lui-même ses œuvres et que Camille Saint-Saëns la louait d'oser tout bouleverser. Ses mélodies étaient chantées dans les salons comme dans les chaumières et ses pires détracteurs durent admettre que La Montagne Noire comportait de bien belles pages. Certains arguent, pour justifier ce silence, des changements de mode. Peu convaincante, l'explication ne justifie pas la disparition des mélodies d'Augusta, très populaires auprès d'un grand public par ailleurs rétif devant les nouveautés orchestrales. Sa vie privée n'est probablement pas étrangère à l'ostracisme qui la frappa au début du siècle.

Elevée librement par son père, le major Holmès, ami des arts et érudit, Augusta bénéficie d'une jeunesse hors norme. Elle fréquente de jeunes littérateurs, peintres, musiciens, et le soir où, dans un atelier d'artiste, Gounod présente son ?Roméo et Juliette? qu'il vient de terminer, Augusta se lève, dénoue sa superbe chevelure et se met à chanter, laissant aux assistants le souvenir d'une Juliette inoubliable. Enthousiaste, elle participe à deux cénacles mal considérés à l'époque : celui des admirateurs de Wagner et celui du Parnasse contemporain, patronné par le séduisant Catulle Mendès. Elle devient sa maîtresse, leur liaison durera dix-sept ans et cinq enfants, dont elle s'occupera peu, naîtront. Si elle peut s'enorgueillir d'illustres amitiés, Stéphane Mallarmé ou Edouard Colonne, Augusta se lie avec la très charmante mais demi-mondaine Méry Laurent, celle qui inspira Manet, Mallarmé et Proust.

De ce non respect des règles établies, Augusta Holmès paiera le prix sans jamais se plaindre, fidèle à ses amis, à ses choix, à ses engagements. Inclassable, trop particulière pour se couler dans un moule, trop indépendante pour faire partie d'un sérail ou former des élèves, trop célébrée pour n'avoir pas éveillé des jalousies, Augusta Holmès a disparu des programmes comme des encyclopédies, au grand soulagement de ceux que son parcours effrayait.

Ecouter des œuvres d'Augusta Holmès est un plaisir rare. Influencée par ses contemporains, notamment Wagner et Franck, elle a beaucoup composé pour grands orchestres, solistes et chœurs, ce qui nécessite des moyens importants. Fort heureusement, elle a également conçu plus de deux cents mélodies, paroles et musique, et, nulle part, elle ne laisse plus transparaître sa nature. Là elle introduit la passion, ou plutôt les passions qui l'animent. Elle aime avec enthousiasme et hait avec la même ardeur. Elle a trente-cinq ans lorsqu'elle compose Les Sept ivresses (l'Amour, la Gloire, le Vin, la Haine, L'Or, le Rêve , le Désir), ce qui laisse rêveur lorsque l'on sait l'obligation de réserve alors imposée aux femmes. Elle veut tout de la vie, en revendique toutes les ivresses :

Dieu fort, anéantis moi !
Je me livre ! Je suis ivre !
(Le Vin)

Ah ! dormir ! dormir ensemble
Pour l'éternité
(Le Rêve)

Quelques années plus tard, ayant gardé de son adolescence versaillaise le souvenir des allées majestueuses (Dans un parc abandonné) et des statues qui les animent, elle proclame sa foi en l'amour par l'intermédiaire d'Eros :

Eros ! Eros ! en toi seul je crois !
Eros ! Eros ! Ouvre moi les cieux
(Hymne à Eros, 1886)

Elle poursuit avec Barcarolle (1892) et Charme du Jour (1902), mais c'est peut-être Nocturne (1893) qui révèle le mieux la nature d'Augusta :

Mais que m'importe la vie !
Je veux mourir d'amour !

Dédiée à Auguste Rodin, L'Eternelle idole (1893) a été inspirée à Augusta par la sculpture éponyme représentant un homme agenouillé aux pieds d'une femme. Rodin aurait alors écrit : ?L'art n'est en sorte qu'une volupté sexuelle. Ce n'est qu'un dérivatif à la puissance d'aimer, phrase qui dut plaire à Mlle Holmès. Soir d'hiver (1892), avec sa notation mauresque, témoigne de l'attrait qu'exerçait sur Augusta le folklore méditerranéen, et, avec l'air de Yamina, tiré de La Montagne Noire (1895), c'est toute la nostalgie orientale qui s'installe :

Près des flots d'une mer bleue et lente
Et rythmée,
Tu t'endors, lumineuse et charmée,
Ô nonchalante !

Douée d'une très belle voix, Augusta Holmès interprétait elle-même ses mélodies. ? Voix unique par le timbre et l'expression ? écrit le critique Gauthier Villars, ? voix profonde, mordante, et qui causait une sensation pareille à l'odeur de certaines fleurs exotiques ? précise le romancier Theuriet, mais c'est Léon Daudet qui, l'entendant chanter plus tard, en laisse le témoignage le plus prenant :

Elle chantait d'une voix profonde et déchirante ses pathétiques compositions légendaires ou irlandaises. Elle chantait toutes baies ouvertes en été sans souci d'érailler son diamant, et son style bien à elle, captivant, dominateur, donnait l'impression de la sirène. Ses expériences, ses désillusions, les amertumes et les ardeurs de son existence, passaient par son contralto dramatique, mêlées aux plaintes des noyés, aux sifflements de la tempête. Le démon de Bayreuth l'avait marquée de son empreinte, mais en lui laissant son originalité d'Océanide, de fille véhémente de l'air et de l'eau.

La première fois où j'ai entendu Isabelle Sabrié chanter les mélodies d'Augusta Holmès, j'ai pensé qu'elle en était l'interprète idéale, que, par un mystérieux transfert, elle y mettait la même passion et la même ardeur.
Isabelle prêtant sa voix à Augusta : une belle rencontre.

(Michèle Friang, présidente de l'association "A l'écoute d'Augusta Holmès")

Gros plan sur

Isabelle Sabrié, soprano
Isabelle Sabrié fait ses débuts en concert dans la musique du Moyen Age et entame un original " parcours chronologique ", allant vers la musique baroque, qu'elle chante avec les spécialistes Patrick Bismuth, Graham O'Reilly à Dieppe, Rouen, au Festival de la Chaise-Dieu. Elle entre ensuite au CNSM de Paris dans la classe de Rachel Yakar en 1990, et obtient un Premier Prix Opéra en 1992. Elle sera lauréate pour la France du Concours Mondial Placido Domingo en 1994, du Concours International de Verviers (Belgique) en 1991, de Marmande 1991.
En 1992, Isabelle Sabrié débute sa carrière d'opéra en Belgique, Allemagne et Luxembourg dans les premiers rôles de la production Baden Baden 1927 (Hindemith, Milhaud, Toch, Weill). Sa voix lyrique et colorature l'amène à interpréter des rôles comme Zerbinetta de R. Strauss, qu'elle chante avec Karen Huffstodt en Ariadne, la Reine de la Nuit, Adèle (La Chauve Souris), Flaminia (Haydn), mais aussi Sylvia, La Canterina ou Musetta pour les Opéras de Lyon, Nice, Liège, à Montpellier, au Festival du Périgord Noir, au Festival de Saint-Céré, en Slovénie. Elle se consacre également à l'oratorio, et interprète des œuvres de Mozart, Bach, Mendelssohn, Haendel, Beethoven, Santana, Massé…
Récitaliste , elle est invitée à Los Angeles (USA), Montréal, Singapour , en Ukraine, aux Festivals d'Auvers-sur-Oise, Pointe-à-Pitre, Nanterre… En 2000 elle interprète des airs d'opéra italiens et allemands, les Vier Letzte Lieder de Strauss, sous la direction du chef d'Orchestre Suisse Urs Schneider. En 2001, elle a tenu le rôle de Nerina dans le Don Chisciotte de G.B. Martini (1746), opéra inédit recréé à Trujillo (Espagne) au Festival des los Dos Mundos organisé par le Conservatoire Italien de Paris. Sa rencontre avec Emile Naoumoff et l'école de Nadia Boulanger fait naître un premier disque : In memoriam Lili Boulanger, avec Olivier Charlier au violon. Passionnée par la musique de son temps, elle crée en 1999 les mélodies, puis la cantate Evolution d'Antonio Santana, écrites pour sa voix, le Requiem du canadien Michel Massé. Elle recrée aussi des mélodies françaises d'Augusta Holmès (1847-1903), de Maurice Thiriet, Paul Méfano, Suzanne Haïk - Ventura…

Johan Struyve, piano
D'origine flamande, Johan Struyve est pianiste et compositeur. En 1998 il s'est installé à Paris, où il accompagne musiciens, chanteurs et danseurs. Né à Ostende, il a très vite pratiqué l'écriture, en plus du piano, passant des heures à improviser au clavier. Il a obtenu le diplôme de Maître de Musique et l'agrégation de piano du Conservatoire Supérieur d'Anvers et du Lemmensinstituut de Louvain. A Paris, il a suivi les classes de Michaël Wladkowski à l'Ecole Normale.
Depuis 2001, il se produit régulièrement en public avec la basse Mourad Amirkhanian, et accompagne Armelle Yons. Par ailleurs, il a créé de nombreuses musiques pour les cours et les galas de danses.

Programme

A. Holmès : Nocturne

F. Liszt : Il m'aimait tant

A. Holmès : Dans un parc abandonné
Barcarolle
Charme du jour

G. Fauré : Les roses d'Ispahan

A. Holmès : Le vin

A. Holmès : Air de Yamina (extr. de " La Montagne Noire ")
Hymne à Eros

Ch. Gounod : Boléro

A. Holmès : L'Eternelle idole
Le Rêve
Rêverie
Soir d'hiver


 

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