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Née
en 1847, convaincue de ses dons, Augusta Holmès se veut compositeur
à part entière à une époque où
l'on cantonne la femme dans les oeuvres légères. Elle
a vingt ans lorsque ses premières oeuvres enchantent Liszt
qui écrit à propos de l'une de ses mélodies
: " Là-bas, au pays des rêves, avec son rayonnant
accord en mi majeur, est à l'égal des plus belles
inspirations de Schubert " ; leur entente se poursuivra jusqu'à
la mort du compositeur. Quelques années plus tard, ses premières
pièces pour orchestre lui ouvrent les portes de la salle
Pleyel. Douée d'une voix profonde, excellente pianiste, elle
se consacre désormais à la composition. Concevant,
à l'instar de Wagner, musique, livret et mise en scène,
elle privilégie symphonies dramatiques et oeuvres lyriques,
empiétant ainsi sur des domaines jusque là exclusivement
masculins.
En
1889, pour célébrer le centenaire de la Révolution,
c'est à Augusta Holmès que la Ville de Paris s'adresse.
Il en résulte L'Ode triomphale qui, pour un coût de
300 000 francs or, sera représentée trois fois au
Palais de l'Industrie, transformé à grands frais en
salle d'opéra, devant un parterre de 22 000 spectateurs enthousiastes.
L'œuvre nécessitait 900 musiciens et choristes, 300 figurants
et les grandes voix de l'heure. Camille Saint-Saëns louera
?la sûreté de main, la puissance et la haute raison
avec lesquelles l'auteur a su discipliner ces formidables masses
chorales, dompter cette mer orchestrale?. L'année suivante,
la ville de Florence commande à la musicienne un Hymne à
la Paix qui met les foules italiennes à ses pieds. Il reste
à Augusta une volée de marches à franchir :
celles de l'opéra Garnier.
Son
opéra, La Montagne Noire, y est accepté le soir même
de son audition, mais Augusta a sous estimé les rancœurs
suscitées par ses succès. Le soir de la première,
le public applaudit, mais, le lendemain, la hargne des critiques
se déverse. La Montagne Noire tient cependant durant treize
représentations et Camille Saint-Saëns, qui a trouvé
des qualités à la partition, écrit à
Augusta " que le vulgaire déteste une gloire importune
qu'il ne peut partager, que celui qui dompte la chimère est
toujours détesté ". Blessée mais imperturbable,
Augusta persévère. L'année de sa mort, elle
est en pourparlers avec le Métropolitan pour la reprise de
La Montagne Noire à New-York.
On
peut s'étonner du silence qui enveloppa la musicienne au
lendemain de sa mort, alors que Wagner l'avait classée parmi
les esprits vivants et créateurs, que Liszt commençait
ses lettres par ?Chère Maestra ?, qu'Edouard Colonne tenait
à diriger lui-même ses œuvres et que Camille Saint-Saëns
la louait d'oser tout bouleverser. Ses mélodies étaient
chantées dans les salons comme dans les chaumières
et ses pires détracteurs durent admettre que La Montagne
Noire comportait de bien belles pages. Certains arguent, pour justifier
ce silence, des changements de mode. Peu convaincante, l'explication
ne justifie pas la disparition des mélodies d'Augusta, très
populaires auprès d'un grand public par ailleurs rétif
devant les nouveautés orchestrales. Sa vie privée
n'est probablement pas étrangère à l'ostracisme
qui la frappa au début du siècle.
Elevée
librement par son père, le major Holmès, ami des arts
et érudit, Augusta bénéficie d'une jeunesse
hors norme. Elle fréquente de jeunes littérateurs,
peintres, musiciens, et le soir où, dans un atelier d'artiste,
Gounod présente son ?Roméo et Juliette? qu'il vient
de terminer, Augusta se lève, dénoue sa superbe chevelure
et se met à chanter, laissant aux assistants le souvenir
d'une Juliette inoubliable. Enthousiaste, elle participe à
deux cénacles mal considérés à l'époque
: celui des admirateurs de Wagner et celui du Parnasse contemporain,
patronné par le séduisant Catulle Mendès. Elle
devient sa maîtresse, leur liaison durera dix-sept ans et
cinq enfants, dont elle s'occupera peu, naîtront. Si elle
peut s'enorgueillir d'illustres amitiés, Stéphane
Mallarmé ou Edouard Colonne, Augusta se lie avec la très
charmante mais demi-mondaine Méry Laurent, celle qui inspira
Manet, Mallarmé et Proust.
De
ce non respect des règles établies, Augusta Holmès
paiera le prix sans jamais se plaindre, fidèle à ses
amis, à ses choix, à ses engagements. Inclassable,
trop particulière pour se couler dans un moule, trop indépendante
pour faire partie d'un sérail ou former des élèves,
trop célébrée pour n'avoir pas éveillé
des jalousies, Augusta Holmès a disparu des programmes comme
des encyclopédies, au grand soulagement de ceux que son parcours
effrayait.
Ecouter
des œuvres d'Augusta Holmès est un plaisir rare. Influencée
par ses contemporains, notamment Wagner et Franck, elle a beaucoup
composé pour grands orchestres, solistes et chœurs, ce qui
nécessite des moyens importants. Fort heureusement, elle
a également conçu plus de deux cents mélodies,
paroles et musique, et, nulle part, elle ne laisse plus transparaître
sa nature. Là elle introduit la passion, ou plutôt
les passions qui l'animent. Elle aime avec enthousiasme et hait
avec la même ardeur. Elle a trente-cinq ans lorsqu'elle compose
Les Sept ivresses (l'Amour, la Gloire, le Vin, la Haine, L'Or, le
Rêve , le Désir), ce qui laisse rêveur lorsque
l'on sait l'obligation de réserve alors imposée aux
femmes. Elle veut tout de la vie, en revendique toutes les ivresses
:
Dieu fort, anéantis moi !
Je me livre ! Je suis ivre !
(Le Vin)
Ah ! dormir
! dormir ensemble
Pour l'éternité
(Le Rêve)
Quelques années
plus tard, ayant gardé de son adolescence versaillaise le
souvenir des allées majestueuses (Dans un parc abandonné)
et des statues qui les animent, elle proclame sa foi en l'amour
par l'intermédiaire d'Eros :
Eros ! Eros
! en toi seul je crois !
Eros ! Eros ! Ouvre moi les cieux
(Hymne à Eros, 1886)
Elle poursuit
avec Barcarolle (1892) et Charme du Jour (1902), mais c'est peut-être
Nocturne (1893) qui révèle le mieux la nature d'Augusta
:
Mais que m'importe
la vie !
Je veux mourir d'amour !
Dédiée
à Auguste Rodin, L'Eternelle idole (1893) a été
inspirée à Augusta par la sculpture éponyme
représentant un homme agenouillé aux pieds d'une femme.
Rodin aurait alors écrit : ?L'art n'est en sorte qu'une volupté
sexuelle. Ce n'est qu'un dérivatif à la puissance
d'aimer, phrase qui dut plaire à Mlle Holmès. Soir
d'hiver (1892), avec sa notation mauresque, témoigne de l'attrait
qu'exerçait sur Augusta le folklore méditerranéen,
et, avec l'air de Yamina, tiré de La Montagne Noire (1895),
c'est toute la nostalgie orientale qui s'installe :
Près des flots d'une mer bleue et lente
Et rythmée,
Tu t'endors, lumineuse et charmée,
Ô nonchalante !
Douée
d'une très belle voix, Augusta Holmès interprétait
elle-même ses mélodies. ? Voix unique par le timbre
et l'expression ? écrit le critique Gauthier Villars, ? voix
profonde, mordante, et qui causait une sensation pareille à
l'odeur de certaines fleurs exotiques ? précise le romancier
Theuriet, mais c'est Léon Daudet qui, l'entendant chanter
plus tard, en laisse le témoignage le plus prenant :
Elle chantait
d'une voix profonde et déchirante ses pathétiques
compositions légendaires ou irlandaises. Elle chantait toutes
baies ouvertes en été sans souci d'érailler
son diamant, et son style bien à elle, captivant, dominateur,
donnait l'impression de la sirène. Ses expériences,
ses désillusions, les amertumes et les ardeurs de son existence,
passaient par son contralto dramatique, mêlées aux
plaintes des noyés, aux sifflements de la tempête.
Le démon de Bayreuth l'avait marquée de son empreinte,
mais en lui laissant son originalité d'Océanide, de
fille véhémente de l'air et de l'eau.
La première fois où j'ai entendu Isabelle Sabrié
chanter les mélodies d'Augusta Holmès, j'ai pensé
qu'elle en était l'interprète idéale, que,
par un mystérieux transfert, elle y mettait la même
passion et la même ardeur.
Isabelle prêtant sa voix à Augusta : une belle rencontre.
(Michèle
Friang, présidente de l'association "A l'écoute
d'Augusta Holmès")
Gros
plan sur
Isabelle
Sabrié, soprano
Isabelle Sabrié fait ses débuts en concert dans la
musique du Moyen Age et entame un original " parcours chronologique
", allant vers la musique baroque, qu'elle chante avec les
spécialistes Patrick Bismuth, Graham O'Reilly à Dieppe,
Rouen, au Festival de la Chaise-Dieu. Elle entre ensuite au CNSM
de Paris dans la classe de Rachel Yakar en 1990, et obtient un Premier
Prix Opéra en 1992. Elle sera lauréate pour la France
du Concours Mondial Placido Domingo en 1994, du Concours International
de Verviers (Belgique) en 1991, de Marmande 1991.
En 1992, Isabelle Sabrié débute sa carrière
d'opéra en Belgique, Allemagne et Luxembourg dans les premiers
rôles de la production Baden Baden 1927 (Hindemith, Milhaud,
Toch, Weill). Sa voix lyrique et colorature l'amène à
interpréter des rôles comme Zerbinetta de R. Strauss,
qu'elle chante avec Karen Huffstodt en Ariadne, la Reine de la Nuit,
Adèle (La Chauve Souris), Flaminia (Haydn), mais aussi Sylvia,
La Canterina ou Musetta pour les Opéras de Lyon, Nice, Liège,
à Montpellier, au Festival du Périgord Noir, au Festival
de Saint-Céré, en Slovénie. Elle se consacre
également à l'oratorio, et interprète des œuvres
de Mozart, Bach, Mendelssohn, Haendel, Beethoven, Santana, Massé…
Récitaliste , elle est invitée à Los Angeles
(USA), Montréal, Singapour , en Ukraine, aux Festivals d'Auvers-sur-Oise,
Pointe-à-Pitre, Nanterre… En 2000 elle interprète
des airs d'opéra italiens et allemands, les Vier Letzte Lieder
de Strauss, sous la direction du chef d'Orchestre Suisse Urs Schneider.
En 2001, elle a tenu le rôle de Nerina dans le Don Chisciotte
de G.B. Martini (1746), opéra inédit recréé
à Trujillo (Espagne) au Festival des los Dos Mundos organisé
par le Conservatoire Italien de Paris. Sa rencontre avec Emile Naoumoff
et l'école de Nadia Boulanger fait naître un premier
disque : In memoriam Lili Boulanger, avec Olivier Charlier au violon.
Passionnée par la musique de son temps, elle crée
en 1999 les mélodies, puis la cantate Evolution d'Antonio
Santana, écrites pour sa voix, le Requiem du canadien Michel
Massé. Elle recrée aussi des mélodies françaises
d'Augusta Holmès (1847-1903), de Maurice Thiriet, Paul Méfano,
Suzanne Haïk - Ventura…
Johan Struyve,
piano
D'origine flamande, Johan Struyve est pianiste et compositeur. En
1998 il s'est installé à Paris, où il accompagne
musiciens, chanteurs et danseurs. Né à Ostende, il
a très vite pratiqué l'écriture, en plus du
piano, passant des heures à improviser au clavier. Il a obtenu
le diplôme de Maître de Musique et l'agrégation
de piano du Conservatoire Supérieur d'Anvers et du Lemmensinstituut
de Louvain. A Paris, il a suivi les classes de Michaël Wladkowski
à l'Ecole Normale.
Depuis 2001, il se produit régulièrement en public
avec la basse Mourad Amirkhanian, et accompagne Armelle Yons. Par
ailleurs, il a créé de nombreuses musiques pour les
cours et les galas de danses.
Programme
A.
Holmès : Nocturne
F.
Liszt : Il m'aimait tant
A.
Holmès : Dans un parc abandonné
Barcarolle
Charme du jour
G.
Fauré : Les roses d'Ispahan
A.
Holmès : Le vin
A.
Holmès : Air de Yamina (extr. de " La
Montagne Noire ")
Hymne à Eros
Ch.
Gounod : Boléro
A.
Holmès : L'Eternelle idole
Le Rêve
Rêverie
Soir d'hiver
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