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Les Nuits d'été au cloître

Seconde édition

Direction artistique: Salvo Romeo - contact: 06 74 59 54 64        

20, 22, 25, 27 et 28 août 2010 à 21h30

« Nocturne vénitien »
ou

La Sonate pour violoncelle et clavier du Baroque italien

Dima Tsypkin, violoncelle

Salvo Romeo, clavier

Programme: 

A. Vivaldi: Sonate n.6 en Si b majeur (RV 46)   (Largo – Allegro – Largo - Allegro)

L. Boccherini: Sonata n.10 en ut mineur (G.2)   (Adagio – Allegro - Allegretto)

L. Boccherini: Sonata n.6 en La majeur (G.4)    (Adagio – Allegro - Affettuoso)

A. Vivaldi: Sonate n.7 en la mineur (RV 44)      (Largo - Allegro poco – Largo - Giga)

 

 Cloître médiéval des Billettes (concert annulé en cas de pluie)

24, rue des Archives – Paris 4ème

Notes sur le programme

La "Sonate" baroque:

A l'origine, le mot « sonata » désigne une musique « à jouer » (suonata, suonare = jouer) sur des instruments par opposition à la musique « cantata »  (cantare = chanter). La forme s'est élaborée de façon progressive : au début, elle se distingue peu d'autres genres, tels que la partita, la canzone ou la suite, car on ne distingue pas encore la spécificité de la musique écrite pour les instruments. Les dénominations restent longuement indécises et l’écriture des « voix » instrumentales est similaire à celle des « voix » vocales: le sonate ou canzoni da sonar ne sont généralement que des adaptations instrumentales du style de la polyphonie vocale.

C'est à l'époque de Corelli  (1653-1713) que la « forme sonate » se fixe dans deux variantes : la « sonata da camera » ou sonate profane, de chambre, qui se confond avec la forme de la suite et qui se compose généralement d'un prélude suivi de plusieurs mouvements de danse et la « sonata da chiesa » ou sonate d'église, qui a généralement quatre mouvements : (lent, vif, lent, vif), plus conformes aux exigences de la piété religieuse.

Vers 1700, on ne distingue plus les deux genres de sonates et, après 1750, on constate la disparition des ces deux types au profit d'un seul type de sonate, appelée "viennoise" (celle de Haydn, Mozart, Beethoven) et dont le plan est souvent:  Allegro-Adagio-Menuet- Rondo.

Après le succès fulgurant, dans toute l'Europe, des Sonates op. V de Corelli, nous assistons à une formidable floraison de compositions pour instruments solistes et basse continue. Cependant, la littérature pour violoncelle comme instrument soliste s'est développée timidement car le violoncelle était surtout utilisé, en même temps que le clavecin, pour soutenir les ensembles instrumentaux ou, doublé par la contrebasse dans l'orchestre, pour jouer ce qu'on appelait le "continuo", la base (=basse) pyramidale de la construction harmonique.

Contrairement à la France, où existait une longue tradition de musiques pour viole de gambe, les compositeurs italiens, qui étaient tous violonistes de formation, n'ont pratiquement rien composé, ou très peu, pour le violoncelle, préférant plutôt l'instrument du « diable »...le violon.  Il est vrai que des compositions sporadiques avaient été sollicitées à l'époque par des dilettanti, riches aristocrates et modestes instrumentistes, passionnés de musique de chambre, comme, par exemple, l'illustre protecteur de Pergolèse à Naples, ce Marzio Domenico Carafa IV, duc de Maddaloni, auquel nous devons beaucoup de compositions, y compris le célèbre Stabat Mater.

Mais ce n'est que dans la première moitié du XVIIIème siècle, aux alentours de 1720, que J.S. Bach apporta une nouveauté fulgurante dans l'histoire de l'instrument en composant la première oeuvre majeure du répertoire du violoncelle avec ses célèbres 6 Suites (BWV 1007-1012) pour violoncelle seul, qui sont un chef d'oeuvre absolu.

A partir de 1750, date de la mort de Bach, le rôle de soliste du violoncelle se confirme de plus en plus, grâce aux compositeurs J. Haydn en Allemagne et L. Boccherini en Italie, tous deux "pères fondateurs" de la grande musique de chambre.

 
A. Vivaldi (1678-1741)

 les neuf Sonates pour violoncelle et basse continue sont les seules compositions de Antonio Vivaldi pour ce genre de formation qui nous soient parvenues (d'une dixième Sonate pour violoncelle, perdue, nous n'avons malheureusement que l'incipit, présent dans un catalogue de 1766 de l'éditeur Breitkopf de Leipzig). Ces Sonates représentent pour le XVIIIème siècle le corpus le plus important pour le violoncelle et sont parmi les meilleures oeuvres instrumentales de chambre du compositeur vénitien. Elles sont aussi très singulières dans l’œuvre de l’auteur, très différentes de ses sonates pour violon ou de sa musique de chambre et beaucoup plus développées.

Nous ne connaissons pas la date exacte de composition de ces Sonates, même si, pour la plupart d'entre elles, on peut supposer, pour des raisons stylistiques, les années 1720-1740. Dans chacune de ces Sonates, convergent les styles de la "sonata da chiesa" et "da camera": si dans ses mouvements rapides, Vivaldi utilise des mouvements de danses, pour les mouvements plus lents, il s’inspire beaucoup de ses propres opéras, en écrivant de longs airs dont la ligne mélodique se développe avec élégance et ampleur, très proche de la voix.

L'étendue de l'écriture du violoncelle est tout à fait exceptionnelle: elle s'étale du grave jusqu'au registre très aigu, proche de celui de l'alto ou du violon.

L. Boccherini (1743-1805)

Violoncelliste virtuose, probablement le plus grand de son époque, mais connu surtout pour son célèbre Minuetto de l’Op. 11 No. 5 G275, qui figure parmi la vingtaine ou la trentaine de pièces gravées dans la conscience musicale collective européenne, Boccherini reste encore un compositeur relativement méconnu du grand public. En revanche, dans l'hortus conclusus de la musicologie mondiale ou chez les musiciens professionnels, il est salué depuis longtemps comme le trait d'union entre Mozart et Haydn ou Beethoven.

Les Sonates pour violoncelle et basse de Luigi Boccherini représentent un corpus de presque quarante oeuvres, dont certaines sont d'authenticité discutée. Boccherini les écrivait pour son usage personnel (peut-être en étant accompagné par son père à la contrebasse), ce qui explique qu'il n'en ait pas laissé trace dans son catalogue "Opera Grande". Peut-être qu'il joua l'une de ces sonates à Vienne, lorsqu'il s'y rendit dans sa toute première jeunesse pour chercher un emploi comme violoncelliste dans l'orchestre impérial, ce qui le fit connaître comme formidable instrumentiste, en lui assurant aussi bien la protection de l'empereur que l'estime de musiciens tels que Gluck, entre autres.

Le malentendu qui pèse sur l'œuvre de Boccherini peut être attribué dans une certaine mesure à une conception mal comprise de son caractère gracieux et affable. Contrairement à ce que certains critiques ont voulu laisser croire, la "légèreté" caractéristique de sa musique n’a rien de la superficialité qui lui a été imputée. Sa "légèreté" résulte dans ce cas de l’effort du compositeur pour chercher le délicat point d’équilibre où l’artefact musical parvient à sublimer la tension entre le naturel et l'artificiel, afin que l'élégance et la beauté paraissent, elles aussi, "naturelles", selon ce modèle esthétique de "levitas" ou de "leggiadria", que la Renaissance italienne avait laissé en héritage à l'Italie et à l'Europe entière. Toute l’œuvre de Boccherini est traversée par la recherche de ce point d’équilibre: en témoigne le souci de la recherche de l’équilibre entre spontanéité et forme imposée.

Ses Sonates montrent une grande liberté par rapport au modèle "viennois" classique fondé sur l’enchaînement des mouvements dans l’ordre: rapide, lent, moyen, rapide. Abandonnant un mouvement, il adopte parfois un schéma tripartite. Ailleurs, il renonce au tempo rapide pour redoubler les tempos moyens ou se plaît à faire l’inverse.

Pas moins d’une fois sur quatre, il place le mouvement lent au début de la composition et il confie au violoncelle l'un de ces Adagios dont il a le secret, qui semblent s’inscrire dans la lignée de la limpidité harmonique et mélodique qui animait les somptueux mouvements lents des sonates d’église de Corelli.

Frappés par la légèreté et par l’impression aérienne qui se dégage de ces mouvements lents, deux commentateurs contemporains observaient qu’"ils donnent l'idée de la musique des anges".

Sous le voile d’une simplicité trompeuse, ces pièces témoignent de la portée poétique de l’art bocchérinien de la rêverie. L’hypothèse shakespearienne d’après laquelle «nous sommes faits de la substance dont se forment les songes" plane alors dans l’intensité fugace de leur temps suspendu, livré à la perception méditative de l’auditeur.

Lorsque l’émotion risque de se faire insistante ou oppressive, la vitalité de l’artiste déchire d’un geste délibéré, souvent rageur, la lourdeur de l’atmosphère pour quitter l’humeur maussade et revenir vers des sentiments plus ensoleillés, empruntés souvent aux danses de son époque.

Confrontée aux afflictions de la vie, la discipline de la sérénité ou de la grâce musicale précise ainsi la mission de l’artiste: prodiguer du réconfort en dispensant de la beauté harmonique et mélodique pour alléger le fardeau de l’âme attristée. S’opère ainsi la synthèse d’un art musical qui ne conçoit pas la légèreté comme une fin en soi, et encore moins comme une solution de facilité, mais comme un moyen particulier pour atteindre son accomplissement ultime: l’expression de la joie.

(S.R.)

Dima Tsypkin, violoncelle: Né à Minsk (Bélarus), il entre en 1998 dans la classe d'Evgueniy Feschenko à l'Académie de Musique. En 2004, il s’installe en France pour poursuivre ses études au Conservatoire National de Région de Paris avec Marc Coppey.

Entre-temps, il participe aux Master Class de professeurs de renommée mondiale tels qu’Anner Bylsma, Alain Meunier, Lev Evgrafov, Jérôme Perno, Yovan Markovitch, Vladimir Perlin ou encore Patrick Cohen.

Dima Tsypkin a été récompensé dans de nombreux concours de musique de chambre et d’instruments à cordes : 1er Prix et Prix spécial du Concours Eugénie Koka, 1er Prix du Concours Mikhaïl Oginsky de musique de chambre (Bélarus), 1er Prix et Prix spécial du Concours International Johannes Brahms de musique de chambre à Gdansk (Pologne), 3e Prix du Concours de musique de chambre Zinetti (Italie).

Ses nombreux récitals et concerts de chambre abordent un répertoire très varié, de la musique baroque à la musique contemporaine. Entre 1994 et 2009, il se produit au Bélarus, en Russie, en Lituanie, en Pologne, en Allemagne, en Belgique, en Espagne, en Italie, en Suède, en Finlande, en Grande Bretagne ainsi qu’aux Pays Bas.

 
Salvo Romeo, clavier: Né à Catane (Italie), très jeune, il commence de brillantes études musicales et obtient son diplôme de piano avec les félicitations du jury. Il se consacre entièrement ensuite à l’étude du clavecin et de la musique ancienne sous la direction de Ferruccio Vignanelli (1903-1988), un élève d’un disciple de Liszt, professeur de clavecin au Conservatoire et à la prestigieuse Académie nationale de S. Cecilia de Rome et fondateur de l’école claveciniste italienne.

Ayant brillamment obtenu son diplôme de clavecin également, il peut alors se consacrer à une fulgurante carrière de soliste. En 1983, la qualité remarquable de son travail lui permet de bénéficier d’une bourse de l'Etat français : il vient à Paris pour se perfectionner en musique française auprès d’Huguette Dreyfus.

Après avoir été professeur titulaire dans les principaux conservatoires nationaux en Italie, il s’installe définitivement à Paris et fonde en 1992, le Conservatoire Italien de Paris.

En qualité de directeur de ce conservatoire, il produit plusieurs opéras baroques, inédits ou très rares: L'Uccellatrice de Nicolò Jommelli, Don Chisciotte de Giovanni Battista Martini, etc. Il produit aussi des oeuvres plus contemporaines telles que El Retablo de Maese Pedro (Les Tréteaux de Maître Pierre) de Manuel de Falla, créé au Musée Picasso et repris en clôture du prestigieux Festival Ile-de-France.

En juillet 2000, il a créé le Festival de Los Dos Mundos à Trujillo (Espagne), avec une programmation de musique baroque autour des racines communes Europe-Amérique Latine et, depuis 2002, il participe au Festival Baroque Arts in Asia de Singapour, avec l’ensemble baroque qu’il a créé, La Baracca Barocca. Plus récemment, il a créé à Paris le festival de musique classique "Les Nuits d'été au cloître", qui a débuté en 2009 par des représentations de "L'Uccellatrice" (1750), un rare intermède comique de N. Jommelli.