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Programme A. Vivaldi (1678-1741):
Concerto en La majeur (FXI,4) A. Corelli (1653-1713):
Concerto grosso VIII op. 6 "Fatto per la notte di Natale" B. Galuppi (1706-1785):
Concerto n.1 en sol mineur A. Vivaldi (1678-1741):
Concerto en ré mineur op.3 n.11 RV 565 (extr. de l"Estro armonico") Antonio VIVALDI
(Venise 1678 - Vienne 1741) : Tandis que chez Bach, la musique se meut au rythme d'une pensée rigoureuse, chez Vivaldi elle semble épouser librement les mouvements du corps : la musique s'élance avec un dynamisme irrésistible, qui constitue l'essence du génie, de l'estro vivaldien. Vivaldi connaît la puissance des formules simples, judicieusement répétées avec des subtiles variations ; il sait combien la cellule thématique la plus élémentaire, formée par exemple sur l'accord du ton ou même sur un simple saut d'octave (comme dans le début de ce Concerto en La majeur), peut libérer d'énergie musicale euphorisante. La rythmique de cette oeuvre séduit d'abord par sa spontanéité, sa franchise, son naturel. Assez éloigné de la majesté qui marque d'habitude le thème de l'allegro initial, le 1er mouvement Allegro molto, entièrement joué sur l'alternance du majeur et du mineur, montre aussi - par moments - des attendrissements proches déjà du style " galante ". Le 2ème mouvement Andante molto, presque toujours affranchi de l'ancien contrepoint, évoque l'air d'opéra, ou l'arioso, plus libre encore dans sa démarche. Le Concerto se termine avec un Allegro plein d'énergie rythmique, bâti sur la vigueur du sentiment tonal, dans le sens du moderne majeur-mineur, une autre illustration de ce tempo vivaldiano, irrésistiblement séduisant. Arcangelo CORELLI
(Fusignano, près de Ravenne 1653 - Rome 1713) : Arcangelo Corelli
fut à plus d'un titre un musicien d'exception. Après des
études à Bologne, en 1671 il s'installa définitivement
à Rome, où il passa presque tout le reste de sa vie, ne
la quittant que pour un court voyage à Naples. A Rome il parvint
à se placer sous le patronage de puissants protecteurs: la reine
Christine de Suède, les cardinaux Benedetto Pamphili et Pietro
Ottoboni, neveu du pape régnant, ce qui lui permit de mener une
vie sans soucis financiers et de soigner particulièrement une oeuvre
assez réduite en nombre de pièces, mais de très grande
qualité et entièrement dédiée au violon. Il
fit partie de plusieurs sociétés savantes : l'Accademia
Filarmonica de Bologne, la Congrégation des virtuoses de Sainte
Cécile et surtout l'Arcadia, la célèbre académie
crée par la Reine Christine de Suède, ou il prit le pseudonyme
de " Arcomelo Erimanteo ". Sa renommée en tant que violoniste
et chef d'orchestre - il lui arriva de diriger plus de 150 musiciens -
était très grande et plus encore, peut-être, que celle
de compositeur dont la publication des oeuvres était pourtant guettée
avec impatience dans toute l'Europe. Baldassarre GALUPPI
(Burano 1706 - Venise 1785) : B.Galuppi, dit le Buranello, car il était né à Burano, la petite île près de Venise, fut d'abord maître de chœur à l'Ospedale dei Mendicanti (1740) ; il passa ensuite à la Basilique de San Marco en qualité de vice-maître (1748) puis, en 1762, de maître de chapelle. Nous le retrouvons à Londres en 1741 et en 1765 à Saint-Pétersbourg, engagé par Catherine II, puis en 1768, il retourna à Venise, où il reprit les activités interrompues précédemment. Auteur particulièrement fécond, Galuppi fut le plus grand compositeur vénitien d'opéras du milieu du Settecento. Il écrivit une centaine d'œuvres théâtrales, une trentaine d'oratorios, de nombreux morceaux de musique sacrée, des concertos pour différents instruments et 85 sonates pour clavecin. Après s'être affirmé dans le domaine de l'opera seria, il n'excella pas moins dans l'opera giocosa. L'apport du dramaturge C.Goldoni fut déterminant : Galuppi mit en musique une vingtaine de livrets écrits par ce dernier, tels l'Arcadia in Brenta, Il Mondo della luna, Il Mondo alla roversa, Il Filosofo di campagna… Composées entre 1750 et 1765, ces œuvres révèlent des qualités stylistiques et formelles très différentes de celles des maîtres napolitains. L'approfondissement psychologique des personnages, souligné également avec finesse par l'orchestration, tend à mettre en lumière les comportements pathétiques et sentimentaux, préparant ainsi le terrain aux maîtres de l'époque classique. J. Haydn considéra sans doute Galuppi comme un modèle, lorsqu'il mit en musique les mêmes livrets de Goldoni… " Vaghezza, chiarezza, e buona modulazione " (beauté - clarté - science de la composition) tels devaient être les ingrédients nécessaires à écrire de la bonne musique, selon la recette que Galuppi lui-même avait livrée et qui avait tant plu à Charles Burney, lors de sa visite au compositeur vénitien, en 1770. Le Concerto en sol mineur n°1 fait partie d'une série de 7 concertos contenus dans la Bibliothèque Estense de Modène sous le titre de : " Concerti à Quattro/A due Violini, Viola è Basso obligati/ Del Sigr./ Baldassar Galuppi ". A côté du titre, un ajout postérieur précise aussi : " sul gusto di Corelli ". En effet, ces concertos appartiennent au genre de musique instrumentale créé par Giuseppe Torelli en 1692 (" Sei Sinfonie à tre e Sei Concerti à quattro") et ils représentent un intéressant exemple de musique de chambre " à l'italienne ". Antonio VIVALDI
(Venise 1678 - Vienne 1741) : Dans la Ville des Doges, l'estro, le génie capricieux du fameux Prêtre Roux, rayonne sur trois longueurs d'ondes : celles de l' Ospitale de la Pietà, dans lequel il dirige des concerts d'anges, du Théâtre S.Angelo, ou il " fait l'opéra " pendant le Carnaval, et celle de l'édition. Artiste quasi préromantique dans son exaltation du sentiment individuel - aussi bien dans l'éclat dramatique des allegros que dans les pages d'extase contemplative - Vivaldi est aussi un homme d'affaires avisé, qui veut s'assurer la meilleure qualité d'impression et de diffusion pour les œuvres qu'il décide de publier. Au XVIIIème siècle, Amsterdam est une des capitales de l'édition musicale. Malgré l'inconvénient de la distance, Vivaldi choisit de s'adresser aux très performantes maisons d'édition de la ville hollandaise pour faire publier ses œuvres instrumentales - celles qu'il juge propres à établir sa réputation - à la pointe la plus avancée du goût musical européen : ses recueils de concertos opus III (L'Estro Armonico, 1711) et opus IV (La Stravaganza, 1714), entre autres. Le succès ne se fait pas attendre : sa célébrité, et celle du " concerto vénitien " dont il est le plus brillant représentant, devient vite européenne. À tel point que, bientôt, à la petite cour allemande de Saxe-Weimar, un jeune Kapellmeister du nom de Jean-Sébastien Bach va les étudier, et même transcrire une vingtaine d'entre eux, une attention toute particulière ayant été accordée à l'Estro armonico, dont il transcrivit six numéros. Les Concertos n.3, 9 et 12 pour clavecin seul, les n.8 et 11 pour orgue seul et le n.10, qui devint le célèbre concerto pour quatre clavecins. Composé à partir de 1700, mais édité seulement en 1711 chez Etienne Roger à Amsterdam, l'Estro armonico op. III de Vivaldi occupe une place primordiale dans la carrière du compositeur, sinon dans l'évolution de la musique européenne de la première moitié du XVIIIème siècle. Dédiée " All'Altezza Reale di Ferdinando III Gran Prencipe di Toscana " cette œuvre présente l'exceptionnel intérêt d'être un catalogue des possibilités du concerto vers 1710, conçu par le plus moderne des compositeurs vénitiens d'alors. L'habile compositeur y a rassemblé des échantillons des différentes possibilités offertes à ce jour par le genre du concerto, apportant autant d'originalité dans les formes archaïques que dans les formes nouvelles. Vivaldi n'utilise les formes traditionnelles que pour montrer comment l'inspiration libre et originale - l'estro - peut les dominer en les transfigurant. De l'héritage du concerto grosso de Torelli ou Corelli, Vivaldi eut le mérite de dégager la forme du concerto soliste, tourné vers l'avenir. Après lui, le concerto grosso appartiendra au passé et ne sera plus abordé, à de rares exceptions près. En effet, au temps où le Prêtre Roux écrit ses premiers concertos, deux styles sont en lutte ouverte : l'ancien style " polyphonique ", dans lequel nulle voix ne prédomine, chacune d'elles conçue pour s'intégrer dans un ensemble où sa marche est conditionnée par celle de ses voisines ; d'autre part, le nouveau style " monodique ", où la voix supérieure accapare l'intérêt, les autre réduites à un simple rôle d'accompagnement. Vivaldi pratique les deux écritures, mais surtout, il les associe comme bien peu de ses contemporains ont su le faire, au cours d'une même œuvre ou d'un même mouvement de concerto. Dans le Concerto
n.11 de l'opus III l'insistance à asseoir la tonalité est
poussée à son point extrême : les 5 premières
mesures de l'Allegro initial sont uniquement faites de l'accord de ré
mineur ; les 14 suivantes, sur une pédale de ré, poursuivent
l'affirmation obstinée de ce même ton en accords brisés
ou en dessins diatoniques de plus en plus serrés et insistants.
Les quelques accords de l'Adagio e spiccato qui suit constituent une brève
transition avant l'attaque d'une grande fugue, qui a dû certainement
plaire à J.S. Bach. Le 2ème mouvement, Largo e spiccato,
abandonne l'austérité de l'ancien style pour plonger entièrement
dans la " nouvelle " forme du concerto soliste. L'"entrée
" du violon peut suggérer celle du " gran uomo "
ou de la " prima donna ", sur qui se répand la vibrante
admiration du public, tandis que l'orchestre accompagne le plus discrètement
possible les généreux épanchements du belcanto aux
dimensions d'un air d'opéra, lyrique et touchant, véritable
confidence à cœur ouvert qui constitue le sommet de la composition.
L'Allegro final, dans lequel les deux violons solistes se livrent à
un véritable duel de bravoure, se termine dans un tourbillon de
doubles croches.
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