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La Baracca Barocca

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La salle de concert

Master class international

Concert de l'Ensemble " La Baracca Barocca"
Direction au clavecin : Salvo Romeo
Isabelle Sabrié, soprano

Marcin Broniewski, violon I
Romain Renard, violon II
Anne-Catherine Touil, alto
Claire Gourmanel, violoncelle

Programme

A. Corelli (1653-1713): Concerto grosso VIII op. 6 "Fatto per la notte di Natale"
I : Vivace - Grave; II: Allegro; III: Adagio - Allegro - Adagio; IV: Vivace; V: Allegro; VI: Pastorale ad libitum (Largo)

J.S. Bach (1685-1750): "Flößt, mein Heiland" (extr. de l'Oratorio de Noël)
"Nur ein Wink" (extr. de l'Oratorio de Noël)

G. F. Haendel (1685 - 1759) : "Gloria in excelsis Deo" pour soprano, 2 violons et basse continue
1. Gloria in excelsis Deo
2. Et in terra pax
3. Laudamus te
4. Domine Deus
5. Qui tollis peccata mundi
6. Quoniam tu solo sanctus (Andante) Cum Sancto Spiritu (Allegro)

A. Vivaldi (1678-1741): Concerto en la mineur op.3 n. 6 (extr. de l'Estro armonico)
Allegro - Largo - Presto

Notes sur le programme

Arcangelo CORELLI (Fusignano, près de Ravenne 1653 - Rome 1713):
Concerto grosso VIII op. 6 " Fatto per la Notte di Natale "

   Parmi les musiciens de son époque, à la fin du XVIIè et au début du XVIIIè siècle Arcangelo Corelli fut l'un des rares compositeurs à ne pas être contraint à un rythme frénétique de travail. En effet, il bénéficiait du respect de toute l'Europe musicale, bien qu'il n'ait publié que très peu de compositions (son oeuvre ne compte que 6 numéros d'opus), et cela suffit à lui garantir le succès, les faveurs et le confort matériel. Ses prestations en tant que violoniste furent également rares (excepté à Rome). Enfin il fut l'un des seuls parmi ses contemporains à n'écrire que de la musique instrumentale, évitant de toucher au genre très répandu du théâtre musical.
   La présence de Corelli dans la Ville Eternelle est attestée dès 1675 : son nom figure sur la liste officielle des musiciens qui prenaient part aux cérémonies solennelles en l'église de Saint-Louis-des-Français, située non loin de la Piazza Navona, devant un parterre d'ambassadeurs, dignitaires, nobles, clergé et princes de l'Eglise. L'avènement du pape Alessandro VIII Ottoboni, qui nomma, le 7 novembre1689, son propre neveu cardinal et vice-chancelier de l'Eglise eut un effet bénéfique sur la carrière de Corelli, car le jeune cardinal, féru d'art, mit immédiatement au point une véritable politique culturelle.
    Dans sa résidence, le Palazzo della Cancelleria, eurent lieu des soirées somptueuses. Corelli, tout en conservant son propre logement, fut hébergé au palais. Le poste de responsable permanent de tout ce qui concerne la musique lui fut confié. Sa renommée en tant que violoniste et chef d'orchestre - il lui arriva de diriger plus de 150 musiciens - était très grande et plus encore, peut-être, que celle de compositeur dont la publication des oeuvres était pourtant guettée avec impatience dans toute l'Europe. Aucun musicien ne fut mieux traité que lui à une époque où se trouvaient également à Rome Pasquini, Alessandro Scarlatti, ainsi que le jeune Haendel, qui y effectuait un voyage d'étude.
   Alors que les compositions de Corelli commençaient à être publiées, le musicien fut nommé en 1700 à la tête de la Congrégation des musiciens de Rome, une institution fondée en 1584, et placée sous le patronage de Sainte Cécile. Le 26 avril 1706, il fut accueilli à l'Academia dell' Arcadia, la célèbre académie créée par la Reine Christine de Suède, où chacun des membres avait coutume de prendre un pseudonyme grec correspondant aux noms des pasteurs de la région mythique d'Hellade: Corelli choisit celui de Arcomelo Erimanteo.
   Les compositions de Corelli se résument à six recueils de douze morceaux chacun : ils suffirent pourtant à définir universellement Corelli comme l'Orphée italien. Sa suprématie incontestée s'explique par un point essentiel : ses recueils présentent l'archétype absolu des formes musicales, qui vont des sonates à trois aux sonates pour violon solo et basse continue et au concerto grosso. La date exacte de la publication des 12 Concert grossi op.6 de Corelli ne nous est pas connue, mais il semble que 1714 soit la date la plus probable, soit un an après la mort du compositeur.

Le genre du " concerto grosso " oppose deux groupes instrumentaux, le " ripieno " ou grosso (la masse orchestrale ) et le concertino (le groupe de solistes). Destiné à l'église (concerto da chiesa) ou au salon (concerto da camera), le " concerto grosso " se caractérise par de nombreux mouvements avec une alternance de tempi contrastés.
   Le Concerto op.6 n.VIII " Fait pour la nuit de Noël " doit sa renommée surtout au dernier mouvement " Largo " en forme de Pastorale ad libitum, qui est traditionnellement joué uniquement dans la période de Noël. En Italie, c'est à la fin du XVIIe siècle que naît une coutume musicale des fêtes de Noël : des bergers des Abruzzes descendent sur Rome pendant l'Avent et viennent jouer en duo devant la Crèche. L'un des bergers joue du chalumeau, un instrument assez primitif à anche unique, l'autre de la musette. Les deux instruments chantent en voix parallèles sur un bourdon tenu par la musette.
   C'est ainsi que naît le genre de la pastorale qui allait traverser toute la musique de Noël de l'ère baroque, jusqu'à l'Oratorio de Noël de Bach. Elle est caractérisée par ses balancements rythmiques, par sa mesure assez lente et l'imitation des instruments populaires des bergers.

J. S. BACH (1685 - 1750) : Extraits du "Weihnachtoratorium" : "Flößt, mein Heiland" et "Nur ein Wink"

   L'Oratorio de Noël constitue la résultante sublime du vaste projet que Bach parvint à mener à terme entre décembre 1734 et janvier 1735 : cette immense fresque autour du récit de la Nativité, avec récitants, solistes, chœur et orchestre se compose de six parties qui ont été représentées, à la place à chaque fois d'une " cantate ", au cours des messes qui se déroulèrent dans les deux principales églises de Leipzig dont Bach avait la responsabilité, la Nicolaikirche et la Thomaskirche.
   La forme de l'"oratorio" se caractérise par la présence d'un récitant, dans ce cas de l'évangéliste, et les récits bibliques de Saint-Luc, Jean et Matthieu sont entrecoupés de méditations poétiques de Picander (de son vrai nom Christian Friedrich Henrici (1700-1764). L'Oratorio de Noël est, en grande partie, une œuvre de " parodie ", adaptation de musique préexistante à de nouveaux textes : les principaux modèles des parodies sont connus et parmi eux se trouvent deux cantates composées en l'honneur de membres de la maison de l'Electeur de Saxe : " Hercules auf dem Scheidewege " BWV 213 et " Tönet, ihr Pauken ! Erschallet, Trompetten ! " BWV 214, ainsi qu'une cantate d'église perdue. Le duo en écho " Flößt, mein Heiland", est extrait de la cantate profane " Hercules " (à l'origine, Hercule et un écho dans une clairière).
   Pour Bach, le transfert de musique provenant d'une cantate d'hommage profane à une œuvre de Noël à l'usage liturgique ne représentait pas l'importante rupture que nous imaginons aujourd'hui, car à l'époque baroque, la séparation entre le sacré et le profane était plus floue que ne l'ont cru les générations qui ont suivi. Les monarques étaient encore très largement considérés comme investis de droit divin, même s'ils appartenaient à une autre confession, position qui ne sera sérieusement mise en doute qu'après l'ère des Lumières.

G. F. HAENDEL (1685 - 1759) : " GLORIA " pour soprano, 2 violons et basse continue
Œuvre redécouverte en 2001 à Londres

    Pendant une semaine de mars 2001, la Royal Academy Of Music à Londres fut au centre du monde musical : la découverte dans sa bibliothèque d'une œuvre auparavant inconnue de G.F. Haendel attira l'attention fiévreuse des media. Le Gloria in excelsis Deo s'échappa en quelque sorte de la propre collection de Haendel, qui était pourtant un bibliothécaire méticuleux de ses propres oeuvres.
  Le compositeur légua l'ensemble de ses musiques à son fidèle copiste Smith l'Ancien en 1759. Le fils de Smith transmit plus tard la majeure partie de la collection au roi Georges III (aujourd'hui à la British Library), tandis que les autres manuscrits sont conservés à Cambridge et à Hambourg. Le Gloria faisait très probablement partie d'une collection assemblée par William Savage, un associé de long terme de Haendel et un chanteur assidu de ses opéras et oratorios, d'abord comme garçon soprano et ensuite comme basse. Les manuscrits du Gloria furent ensuite acquis par R.J.S. Stevens dont la collection fut léguée à l'Académie en 1865.
   Cette collection renfermait d'autres manuscrits très importants dont l'autographe partiel de The Fairy Queen d'Henry Purcell, redécouvert - lui aussi également à l'Académie - en 1900. G.F. Haendel allait être appelé à devenir le plus prestigieux représentant de l'opéra italien de son époque. Mais paradoxalement, ce compositeur - allemand par sa naissance - a passé très peu de temps en Italie en tant que tel. Son pèlerinage en sol italien dans la première décennie du XVIIIème siècle n'en demeure pas moins une phase d'intense activité créatrice.
   Haendel arriva d'abord à la cour de Florence en 1706 ; puis déçu par la vie musicale florentine, il se transféra à Rome, la ville des mille églises. Le choix de Rome comme port d'attache peut apparaître surprenant. A Hambourg, Haendel tenait le continuo de l'opéra de la ville, ce qui lui avait donné l'occasion de faire représenter quelques-unes de ses premières œuvres dramatiques. Or, la Ville Eternelle était la seule d'Italie à bannir la représentation d'opéras, un genre prestigieux et lucratif entre tous. Les raisons de son choix sont donc à chercher ailleurs : d'une part la présence à Rome d'importants musiciens comme Corelli ou Alessandro Scarlatti ou Pasquini avec lesquels le jeune compositeur entra en contact, et de l'autre la confiance que Haendel plaçait dans l'équilibre politique et économique du mécénat romain.
   Pour se faire connaître dans la ville, il lui suffit tout simplement d'entrer dans une église et de jouer de l'orgue… Son habilité et son talent firent vite l'admiration des connaisseurs et il lui ouvrirent les portes des cercles des cardinaux Ottoboni, Pamphilj et Colonna. Pour le jeune musicien protestant, c'était la consécration officielle : bientôt il devint la coqueluche de la noblesse romaine, surtout de la maison Ruspoli. On l'admettait aux séances de l'Accademia dell'Arcadia données chez le Marquis, et il s'y mêlait à une foule d'aristocrates et d'invités privilégiés, costumés en berger arcadiens, qui palabraient dans le style du maniérisme tardif. Au nombre des figurants et participants de ces fêtes on trouvait des compositeurs, mais aussi des chanteuses - comme la célèbre Margherita Durastanti - à une époque où le chant des femmes était interdit en public.
   Lors de ces séances, Haendel devait unir ses efforts à ceux d'un chanteur et d'un poète afin de livrer une cantate avant que ne s'achève la soirée. La plupart de ses cantates profanes virent le jour pendant cette période, mais aussi des oratorios ou de la musique sacrée d'occasion, comme La Resurrezione ou Il Trionfo del Tempo e del Disinganno, sur un texte du cardinal Benedetto Pamphilj, exécutés chez le cardinal Ottoboni dans le Palazzo della Cancelleria sous la direction d'Arcangelo Corelli, ou encore le célèbre Dixit Dominus. Dans la Rome baroque de la fin du XVIIème siècle, reines, aristocrates et cardinaux rivalisaient entre eux pour s'assurer des services des meilleures artistes, peintres, musiciens, poètes ou architectes.
   Le cardinal Pietro Ottoboni, neveu du Pape, ouvrait les portes de son splendide palais (aujourd'hui siège de la Sacra Rota) tous les lundis et il était de loin le plus généreux des mécènes. On disait aussi que certaines de ses invités plutôt indélicats, partaient après les fastueux soupers en oubliant de rendre les couverts en argent….
   Dans le Salon " dei cento giorni " du Palazzo della Cancelleria (ainsi appelé car Vasari se vantait d'avoir terminé son cycle de fresques en 100 jours) Corelli et son orchestre travaillaient pratiquement tout le long de l'année et les spectacles organisés par le cardinal Ottoboni étaient parmi les événements les plus importants de la vie musicale romaine de l'époque. La raffinée société romaine de l'époque était aussi friande de " compétitions ", semblables à celles qui eurent lieu plus tard entre Mozart et Clementi ou encore entre Liszt et Thalberg. Célèbre resta dans la mémoire des contemporains celle qui opposa - toujours chez notre incontournable cardinal - Haendel et " Mimmo " Scarlatti, le fils du cavaliere Alessandro. Le jugement de Salomon décerna la palme aux deux musiciens : celle de l'exécution à l'orgue à Haendel et celle du clavecin à Scarlatti…

   Bien qu'on ne sache rien de ce Gloria in excelsis Deo, son origine pourrait remonter à cette époque romaine de la vie de Haendel, et il aurait pu être composé pour quelque grande occasion dans le cercle raffiné des ces grands princes de l'Eglise. A en juger par le style, la musique pourrait dater des dernières années du compositeur à Hambourg ou, plus probablement, de ses deux ou trois premières en Italie, soit 1706-1708. Haendel avait 22 ans.
   L'écriture vocale et instrumentale ressemble beaucoup à celle du Laudate pueri Dominum en fa majeur, composé à Hambourg juste avant son départ pour Rome, Florence et Venise. La même distribution (soprano, deux violons et basse continue) et, dans les deux pièces, Haendel donne à la cantatrice de brillants passages et de longues notes aiguës supportées par les violons en tierces animées. Il est clairement écrit pour mettre en vedette un brillant soprano " colorature " et son origine probablement romaine suggère un castrat, quoique Margherita Durastanti, qui se trouvait à Rome en même temps que Haendel et qui, comme lui, était au service du marquis Rispoli, pourrait avoir été la cantatrice prévue.
   La partie de premier violon est presque aussi importante avec ses dialogues et duos avec la voix tout le long : vu le rôle-clé de Corelli comme premier violon de l'orchestre pour l'oratorio La Resurrezione (1708), il est possible que cette partie fût écrite pour lui. L'une des choses les plus curieuses au sujet du Gloria est que Haendel ne semble pas avoir composé d'autres pièces sur l'ordinaire de la messe (Kyrie, Gloria, Sanctus, Credo, Agnus Dei) pour voix solo.
   Les sept sections liturgiques habituelles forment le Gloria. La première et la dernière Quoniam tu solo sanctus (menant directement au Cum Sancto spiritu) ont des liens stylistiques et suggèrent ainsi une forme fermée. Les deux sections présentent d'excitants si bémols aigus et de longues notes sur lesquelles Haendel demande à la cantatrice d'ajouter des trilles la moitié de la durée. Au cœur de l'œuvre, le Domine Deus accompagné juste par la basse continue dans un touchant style récitatif et surtout le Qui tollis en do mineur, la section la plus remarquable de tout le Gloria. Des lignes chromatiques lourdes et tordues illustrent les " péchés du monde ", tandis que le mot " miserere " présenté d'abord avec des intervalles disjoints et angulaires laisse finalement la soliste chanter sur des noires répétées comme dans un désespoir. Cette section est une merveilleuse découverte en soi. Le final Cum Sanctu spiritu nous rappelle que le célébrant de cette messe particulière est un soprano et le texte liturgique ne restreint en rien l'étalage de virtuosité. Peut-être un autre signe que la pièce a été composée pour Rome, où le besoin de théâtre n'a jamais pu être réprimé même si l'opéra lui-même l'a été.

Antonio VIVALDI (Venise 1678 - Vienne 1741) : Concerto en la mineur op. III n. 6 (extr. de "L'Estro armonico")

   Tandis que chez Bach, la musique se meut au rythme d'une pensée rigoureuse, chez Vivaldi elle semble épouser librement les mouvements du corps : la musique s'élance avec un dynamisme irrésistible, qui constitue l'essence du génie, de l'estro vivaldien. Vivaldi connaît la puissance des formules simples, judicieusement élaborées avec des subtiles variations ; il sait combien la cellule thématique la plus élémentaire (des simples croches répétées, dans l'Allegro initial de ce Concerto n.6) peut libérer d'énergie musicale euphorisante.
   L'opposition dramatique du tutti et du soliste laisse la place à l'effusion lyrique dans le 2ème mouvement : le soliste - soutenu à peine par les accords de l'orchestre - se livre à une méditation personnelle au caractère de libre improvisation, juste avant l'allégresse du Presto final. Composé à partir de 1700, mais édité seulement en 1711 chez Etienne Roger à Amsterdam, l'Estro armonico op. III de Vivaldi occupe une place primordiale dans la carrière du compositeur, sinon dans l'évolution de la musique européenne de la première moitié du XVIIIème siècle.
   Dédiée " All'Altezza Reale di Ferdinando III Gran Prencipe di Toscana " cette œuvre présente l'exceptionnel intérêt d'être un catalogue des possibilités du concerto vers 1710, conçu par le plus moderne des compositeurs vénitiens d'alors. L'habile compositeur y a rassemblé des échantillons des différentes possibilités offertes à ce jour par le genre du concerto, apportant autant d'originalité dans les formes archaïques que dans les formes nouvelles. Vivaldi n'utilise les formes traditionnelles que pour montrer comment l'inspiration libre et originale - l'estro - peut les dominer en les transfigurant. (S.R.)

La Baracca Barocca

Créé en 2000, cet ensemble international est composé de musiciens provenant de divers pays d'Europe. La Baracca Barocca a participé, dès sa création, au Festival des Deux Mondes de Trujillo et constitue la cheville ouvrière du Festival Baroque Arts in Asia de Singapour. Son répertoire privilégie la musique baroque, mais s'ouvre aussi aux œuvres plus récentes, comme lors d'un hommage au compositeur italo-américain Vittorio Rieti, à l'initiative de Madeleine Milhaud, enregistré par Radio France.

 

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