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Programme J.S. Bach: Chaconne (extr. de la Partita n.2 en ré mineur BWV 1004) - (transcription F. Busoni) L. v. Beethoven: Sonate n.30 en Mi majeur opus 109 - Vivace ma non troppo - Prestissimo - Gesangvoll, mit innigster Empfindung (« très chantant, avec le plus intime sentiment ») ************************** F. Liszt: « Après une lecture de Dante » (Fantasia quasi Sonata, extr. des « Années de pèlerinage », LItalie) « Harmonies du soir » (Etude dexécution transcendante n°11) Rhapsodie hongroise n.6 en ré bémol majeur Bach-Busoni : Chaconne
Notes sur le programme Ferruccio Busoni (Empoli 1866 - Berlin 1924) fut orienté vers des études musicales par ses parents, musiciens tous deux, et entreprit très jeune une carrière de concertiste. En 1876-1877 il étudia la composition avec W. Mayer à Graz et après avoir vainement essayé de saffirmer comme compositeur en Italie, il reprit péniblement la carrière de concertiste, séjournant pendant plusieurs années à Vienne, puis à Leipzig. En 1894 il sétablit à Berlin, alternant les tournées de concert avec la composition. Excellent interprète de Bach, Beethoven et Liszt, il eut peu de rivaux comme pianiste jusquà la Grande Guerre. La revalorisation de luvre créatrice et théorique de Busoni, qui avait souffert, de son vivant, de limmense renommée du pianiste, sest imposée progressivement au cours des dernières années. Son esthétique personnelle est caractérisée par un refus de la tradition postromantique et par la recherche dune nouvelle objectivité stylistique. En partant des anciens, de Bach en particulier (dont il a transcrit pour le piano plusieurs pièces, parmi lesquelles cette célèbre Chaconne), Busoni aboutit à une pureté expressive renouvelée. La Chaconne, extraite de la « Partita n.2 en ré mineur pour violon» de J.S. Bach, représente lun des sommets de la difficulté violonistique. La transcription autoritaire de Busoni la force évidemment à se plier aux possibilités toutes autres du piano en essayant de faire tenir dans les touches du piano ce qui est déjà presque impraticable aux cordes du violon... Brahms nourri de classiques par boulimie personnelle (sans doute pour compenser la pauvreté formelle de lenseignement quil avait reçu, hors normes) avait été tenté par la même transcription et nous a laissé aussi une redoutable version de cette Chaconne pour la seule main gauche... L.v. Beethoven : Sonate n.30 en Mi majeur opus 109 Les trois dernières sonates pour piano de Beethoven, composées entre 1820 et 1822, appartiennent à sa grande période dactivité créatrice qui vit également la naissance de la Missa solemnis. Dédiée à Maximiliane von Brentano, la Sonate en mi majeur opus 109 ne se laisse pas intégrer dans le schéma de sonate traditionnel. On remarque dans la structure entière de la sonate une sorte de géniale asymétrie, le mouvement final étant par exemple bien plus amplement traité que ceux qui le précèdent. Le premier mouvement Vivace, ma non troppo peut sans nul doute être assimilé, par extension, à une libre improvisation, sen tenant quand même dans une certaine mesure à la forme-sonate qui figure normalement à cette place. Le second mouvement Prestissimo a beaucoup de points en commun avec le scherzo que lon rencontre dhabitude à cet endroit, forme qui avait la faveur particulière de Beethoven. Lenchaînement direct du 2ème au 3ème mouvement se situe lui aussi dans la ligne de la libre improvisation. Se présentant sous laspect dun « thème à variations », le finale Gesangvoll, mit innigster Empfindung (« très chantant, avec le plus intime sentiment ») débute par un choral solennel et dépouillé, suivi de six variations (mais les esquisses du manuscrit montrent que dautres variations étaient prévues à lorigine). Il reprend la forme avec laquelle le compositeur commença son uvre pianistique et la couronna, majestueusement, dans les prodigieuses Variations sur un thème de Diabelli. Dans la lettre qui accompagnait lenvoi de la sonate à Maximiliane von Brentano, le 6 décembre 1821, Beethoven sexprima en ces termes : « Une dédicace ! ! ! Mais ce nen est pas une comme on en galvaude en quantité. Cest lesprit qui réunit sur cette terre les êtres les plus nobles et les meilleurs et quaucun temps ne saurait détruire. Jamais le souvenir dune noble amie ne pourra séteindre en moi. Puissiez-vous vous-même penser quelquefois à moi avec affection ». F. Liszt (1811-1886) : « Après une lecture de Dante » , « Harmonies du soir », « Rhapsodie hongroise n°6 » Les Années de pèlerinage constituent un sommet de la littérature pour piano. Sans doute ce beau titre romantique invite-t-il à partager les émotions dun homme qui se penche sur son passé : toutes ces pièces sont, en effet, « de circonstance ». Ce qui nempêche pas leur auteur - penseur mais surtout musicien - de restructurer pour lédition de 1855 les deux premiers cahiers, bousculant la chronologie des pièces, les déplaçant, en éliminant certaines, remodelant le tout dans le sens dune unité musicale qui exclut toute référence anecdotique et lui confère une portée universelle. Vingt-deux ans plus tard, sajoutera un dernier cahier, aboutissement dune méditation qui navait jamais cessé de sexercer. Ces trois cahiers (La Suisse, LItalie 1, LItalie 2), dont chacun conserve, en gros, linspiration spécifique de lépoque de son élaboration, retracent non pas un itinéraire géographique, mais une sorte de pèlerinage spirituel qui mène un être du monde dici-bas au monde divin, par lapprofondissement de sa vie intérieure. Liszt, homme et artiste, fut ce pèlerin, dépouillant au terme dune double ascèse à la fois le vieil homme et le vieux et conventionnel langage musical. Extrait du deuxième cahier, la Fantasia quasi sonata « Après une lecture de Dante » fut composée en 1849. Liszt approchait de la quarantaine, lâge des bilans, mais aussi des certitudes, du dépassement spirituel dans lamour de lArt. Dans les sept tableaux qui composent ce deuxième cahier le style de Liszt trouve définitivement sa maturité, son classicisme : en fait un « impressionnisme » dont les éclairages les plus variés - de la pure lumière de Raphaël (Sposalizio) aux zones dombre de la formidable Lecture de Dante - recréent parfois les couleurs des après-midis ensoleillées dItalie (Sonetto n.123 del Petrarca) ou renvoient un écho de Haendel ou de Schubert. Parmi les « Douze Etudes » de Liszt, écrites entre 1826 et 1841 (pour la troisième version) et finalement appelées « Etudes dexécution transcendante », la onzième étude, titrée « Harmonies du soir », révèle ce même caractère dessai impressionniste. Comme dans beaucoup dautres morceaux de Liszt, la technique de linterprète est mise à dure épreuve, même si ici le défi de virtuosité nest pas une fin en soi mais se traduit par une expérimentation des nouvelles possibilités expressives du piano et une ouverture vers des espace sonores inexplorés. La Rhapsodie hongroise n°6 se fait valoir en revanche par la hardiesse technique et lirrésistible recherche des effets. Elle privilégie la dimension spectaculaire de la prestation du virtuose, avec une prédilection pour les sonorités impétueuses, les contrastes frappants et les improvisations acrobatiques. Avec son mépris insolent des convenances, Liszt fait du récital de piano ce que Paganini a fait du récital de violon : un grand spectacle. Son abondante production aux facettes multiples est dominée par une liberté absolue face aux schémas traditionnels, par une désinvolture à légard des conventions, qui le portèrent à assimiler immédiatement aussi biens les traits nouveaux de son époque et le signe de la modernité que les éléments de la musique traditionnelle ainsi que ceux du folklore hongrois. Contrairement à Chopin et à Bartok, Liszt a fait appel à dauthentiques mélodies populaires de son pays. Linspiration nationale chez lui doit beaucoup aux opéras de Ferenc Herkel (1810-1893), fondateur de lécole hongroise. (S. R.)
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