Page d'accueil du Conservatoire Italien de Paris

Qui sommes-nous

Les cours

Les concerts

Les opéras de poche

La Baracca Barocca

Le Festival des Deux Mondes

Evenementiel

La salle de concert

Master class international

Isabelle Sabrié, soprano - Daniel Propper, piano

Récital du 24 mars 2002

Première Partie

F. LISZT: Il m'aimait tant (texte de Mme de Girardin)
Enfant, si j'étais roi (texte de V. Hugo)
Oh quand je dors (texte de V. Hugo)

A. HOLMES: Le rêve (extr. des "Sept Ivresses")
L'éternelle idole

F. LISZT: Sonnet 104 de Pétrarque
(extr.des Années de Pèlerinage, 2ème Année, Italie)

C. GOUNOD: Boléro (texte de Jules Barbier)

A. HOLMES: Soir d'hiver

Seconde Partie

G. VERDI: " E'strano....sempre libera... "
(Air de Violetta, La Traviata)

" Addio del passato "
(Air de Violetta, La Traviata)

F. LISZT: Consolation en Réb Majeur

V. BELLINI: " Casta Diva " (Air de Norma, Norma)

G. PUCCINI: "In quelle trine morbide"
(Air de Manon, Manon Lescaut)

"Sola…perduta... abbandonata"

F. LISZT (1811-1886) : " Il m'aimait tant", " Enfant, si j'étais roi ", " Oh quand je dors "
Sonnet 104 de Pétrarque (extr.des Années de Pèlerinage, 2ème Année, Italie)
Consolation n°3 en Ré b Majeur

De 1830 date l'initiation au romantisme français du jeune Liszt, qui s'était fixé à Paris quelques années comme professeur et virtuose. Il fait pêle-mêle d'insatiables lectures, tout ce qui fermente dans le Paris de 1830 vient à la fois le troubler et l'enrichir : il rêve d'être, par la musique, l'égal, le frère de ces grands poètes du romantisme, une sorte d'apôtre.
Trois personnalités musicales auront à la même époque sur lui une influence décisive: Paganini, Berlioz et Chopin.

Les années suivantes (1834-1844) se passent sous une influence d'un autre genre, celle de la comtesse d'Agoult. Cette grande dame, à moitié allemande par sa mère, était une femme d'une vive intelligence, très cultivée et de goûts raffinés (c'est elle qui a très probablement transmis à Liszt le culte de Dante et de Goethe). Elle quitta son mari et ses trois enfants pour vivre avec Liszt et leur liaison fut un des scandales éclatants du romantisme.
Pendant son séjour de trois étés dans l'île de Nonnenwerth sur le Rhin, Liszt se pénètre de romantisme allemand. Villégiature très romantique où, dans un vieux couvent demi ruiné, Liszt et Mme d'Agoult lisent Goethe, Heine, Schiller, Uhland ; Liszt écrit aussi des lieder. Mais bientôt, leur liaison s'aigrit, se gâte, devient orageuse : en 1844 ils se séparent.

Les trois cahiers au beau titre romantique d'"Années de Pèlerinage " (Suisse, Italie I et II) nous permettent de suivre leurs pérégrinations à travers l'Europe. Chaque cahier - tel un journal intime - conserve, en gros, l'inspiration spécifique de l'époque de son élaboration, retraçant non pas un itinéraire géographique, mais l'itinéraire spirituel qui rapproche l'Homme du monde divin, par approfondissement de sa vie intérieure.

C'est bien la démarche originelle du "pèlerin", que chaque halte en un lieu visité par l'Esprit renvoie un peu plus à son moi authentique. Bien qu'à l'époque Liszt - voyageant en compagnie de Marie d'Agoult - fût un pèlerin fort profane, le remaniement qu'il fit à l'âge de sa maturité (vers 1855), bousculant la chronologie des pièces, en éliminant certaines, remodelant le tout dans le sens d'une unité musicale qui exclut toute référence anecdotique et lui confère une portée universelle, dépouille au terme d'une double ascèse à la fois le " vieil homme " et le vieux et conventionnel langage musical.

La deuxième année des "Années de Pèlerinage" évoque l'Italie, terre d'élection, séjour révélateur pour Liszt qui lors de son voyage dans les années 1837 à 1839 a vingt-huit ans. Il écrit à Berlioz : " Le beau, dans ce pays privilégié, m'apparaissait sous ses formes les plus pures et les plus sublimes. L'art se montrait à mes yeux dans toutes ses splendeurs ; il se révélait à moi dans son universalité et dans son unité ".

Dans la première version des trois Sonnets de Pétrarque (n.47, N.104 et n.123), les textes poétiques extraits du " Canzoniere " de Francesco Petrarca (1304-1374) furent mis en musique et publiés à Vienne sous forme de lieder. Si dans cette version le chant est donné par Liszt comme un premier et plus simple état de la composition, dans la version purement pianistique c'est comme si peu à peu le piano avait assimilé et intégré Pétrarque lui-même, et ses mots, et la voix ensorcelante du chanteur…

" Pace non trovo, e non ho da far guerra , (Je ne trouve pas de paix, et pourtant il n'y a pas de guerre,
e temo, e spero ; et ardo e son un ghiaccio[…] et je crains et j'espère, et je brûle et je glace[…]
Pascomi di dolor, piangendo rido ; La douleur me nourrit, je ris en pleurant;
Egualmente mi spiace morte e vita: Tout autant me déplaisent la mort et la vie :
In questo stato son, Donna, per Voi". Ainsi suis-je réduit, Madame, pour Vous).
(Petrarca, Canzoniere n.CXXXIV)

Les six courtes pièces que Liszt publia en 1850 avec le titre de " Consolations " sont inspirées des poèmes de Charles Sainte-Beuve (1804-1869). Dans ses Consolations List fait preuve d'un lyrisme intimiste qui essaye d'illustrer musicalement les " paysages de l'âme " des poèmes de Sainte-Beuve. La n.3 en Ré b majeur - tout particulièrement aimée par les pianistes - est très proche de l'esprit des " nocturnes " de Chopin et de leur poésie profonde.

A. HOLMES (1847-1903) : "Le rêve " (extr. des "Sept Ivresses"), "L'éternelle idole" (dédié à Rodin), "Soir d'hiver"

Augusta Mary-Anne Holmès est en réalité le pseudonyme de Hermann Zenta, femme compositeur française d'origine irlandaise, élève et pupille de Franck depuis 1875.

On ne saura probablement jamais si César Frank, le "Pater Séraphicus", aima ou non la belle Irlandaise dont Vincent d'Indy s'avouait " complètement toqué ", que Saint-Saëns demanda en mariage et qui se brouilla justement avec Franck à propos du Quintette en fa mineur pour piano et cordes dédié par le musicien à Augusta Holmès. Pas étonnant que Madame César Franck enfin, assez fine mouche pour avoir pressenti quelque secret, n'ait aimé ni la séduisante inspiratrice, ni l'œuvre qui lui était dédiée…
Remarquée par son intelligence et par sa beauté, amie et complice de Daudet, Goncourt, Mistral, Rimsky-Korsakov (qui l'a décrite comme "très décolletée"), Rodin, Mallarmé, Wagner, Liszt, Gounod, Saint-Saëns, Augusta Holmès fut adorée par tout le milieu artistique parisien de l'époque. Fervente wagnérienne, elle a écrit des opéras, des pièces symphoniques et chorales, ainsi qu'un grand nombre de mélodies. Son meilleur opéra, la Montagne noire, a été créé à Paris en 1895.

C. GOUNOD (1818-1893) : " Boléro "

C.Gounod entreprit ses études musicales avec A. Reicha, puis au Conservatoire avec d'Halévy, Berton et Lesueur.
En 1839, il obtint le prix de Rome. En Italie il se familiarisa avec l'art de Palestrina, et en Allemagne avec celui de Bach, Mozart et Beethoven. Organiste et maître de chapelle à l'église des Missions étrangères, il fit des études de théologie et songea à entrer dans les ordres (1846). Sous l'influence de Pauline Viardot il aborda le théâtre lyrique avec Sapho (1850), puis La Nonne sanglante, Le médecin malgré lui, Faust, Mireille, Roméo et Juliette…

Dans sa production de musique de chambre il faut retenir un quintette avec piano, les Méditations sur le premier prélude de Bach pour violon, piano et orgue (c'est le très célèbre Ave Maria, 1852), une Petite symphonie pour instruments à vents (1888), diverses pièces pour piano seul et 183 mélodies pour chant et piano dont 14 à deux voix (une centaine ont été publiées en recueils entre 1867 et 1880). L'art délicat de Gounod donna à la musique française de nouvelle perspectives formelles ; son harmonie surtout, ouverte à l'influence de la modalité ancienne, a marqué des musiciens comme G. Bizet, E. Chabrier et J. Massenet.

G. VERDI (1813-1901) : " E' strano… sempre libera !… " , " Addio del passato " (La Traviata)

Troisième opéra de la célèbre trilogie (avec Il Trovatore et Rigoletto), c'est peut-être la partition musicale la plus dense d'intériorité psychologique de tout le théâtre lyrique romantique : les figures féminines de Verdi précédemment définies trouvent en Violetta leur meilleure synthèse.

L'idée de mettre en musique une pièce aussi controversée que La Dame aux camélias d'A. Dumas fils était, pour l'époque, audacieuse : la protagoniste, Marguerite Gautier, a réellement existé, bien que son nom ait été changé prudemment en Violetta Valery. Le thème de la phtisie, maladie romantique à la mode, dont Violetta est atteinte, inspire à Verdi ses plus belles et pathétiques pages musicales.

Les deux airs du 1er et dernier Acte résument en quelque sorte - aussi bien vocalement que psychologiquement - le personnage de la femme " traviata ".

Dans son grand air du 1er Acte (" E' strano… sempre libera ! "), Violetta, restée seule, après le départ de ses invités, se rend compte que, pour la première fois, elle est réellement amoureuse . Mais, bien que la voix d'Alfredo résonne encore dans ses oreilles, elle pense pouvoir résister à son sentiment et continuer à dépenser sa vie dans la recherche frénétique du plaisir sans lendemain. Ses impressionnantes vocalises sont autant d'exorcismes contre un Amour despote…

Dans l'Acte III Violetta, malade sans espoir, est couchée. Dans une lettre, le vieux Germont lui annonce que son fils, Alfredo, viendra la rejoindre. Violetta pleure de bonheur, mais elle craint qu'il n'arrive trop tard. Dans la maison qui l'a vue triompher de charme et de beauté pendant l'Acte I, elle voit rôder le spectre de la solitude. Son miroir lui renvoie désormais l'image d'une jeunesse fanée - trop tôt hélas ! - comme ces camélias qu'elle aimait tant…Addio!
Le passé s'éloigne inexorablement, avec tout son cortège de fêtes, bals, rires et galanteries…

V. BELLINI (1801-1835) : " Casta diva " (Norma)

Avec Norma, Bellini atteint le sommet de son lyrisme vocal, affirmant une force dramatique qui se révèle à la fois dans la majestueuse et incisive clarté des récitatifs et dans la solennité, tantôt hiératique et tantôt rythmiquement violente, de la masse du chœur qui, comme une grande fresque, sert de toile de fond à la tragédie. Le modèle de Norma exercera une grande influence sur les opéras qui viendront par la suite, à commencer par ceux de Verdi. Wagner, qui n'était certes pas tendre à l'égard des formes de l'opéra traditionnel, nourrissait une admiration sans bornes pour cette œuvre de Bellini, dont il dirigea lui-même l'exécution à Riga, en 1837.

Dans la forêt sacrée près du temple d'Irminsul, les Druides se réunissent pour célébrer un rite avant de partir pour exterminer les envahisseurs romains. Le rite, qui se déroule au clair de lune, débute par l'air fameux " Casta diva " chanté par la prêtresse Norma, qui, en tant qu'interprète de la volonté divine (et maîtresse du romain Pollione) déclarant que le moment n'est pas encore venu, arrive à les retenir.

G. PUCCINI (1858-1924) : " In quelle trine morbide ", " Sola… perduta… abbandonata" (Manon Lescaut)

Manon Lescaut (1893), tiré du roman de l'abbé Prévost, marque les débuts de Puccini comme auteur d'opéras, et sa protagoniste est la première de ses héroïnes charmantes et douloureuses destinées à une si grande popularité. Le musicien connaissait la Manon de Massenet, qui avait triomphé à Paris neuf ans auparavant, mais son interprétation du personnage était si différente - sa Manon était beaucoup plus passionnée que coquette - qu'il ne se sentit pas découragé par l'inévitable confrontation.

Les deux airs (extraits respectivement de l'Acte II et de l'Acte IV) résument l'histoire de l'amour tragique de Manon Lescaut pour le jeune chevalier Des Grieux. Si dans le premier (In quelle trine morbide) Manon évoque l'atmosphère de calme, luxe et volupté des alcôves dorées qu'elle a si bien connu, dans le second (Sola…perduta…abbandonata) elle pleure de désespoir, juste avant de mourir d'épuisement dans les bras de son amant, dans cette lande désolée près des confins de la Louisiane où l'a conduite sa destinée de déportée.

 


(Air de Manon, Manon Lescaut)

 

Retour à la page d'accueil du Conservatoire Italien de Paris